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Homélie du 5ème dimanche de Carême B (Père Jacques Weisshaupt sj)

21 Mar 2015

 

 

Pour mieux comprendre le passage d’évangile, situons-le. Cet épisode est placé après le récit de l’onction de Béthanie dans la maison de Marthe et Marie, annonçant la sépulture de Jésus, et celui de l’entrée de Jésus à Jérusalem, mettant en pleine lumière l’incompréhension des foules dont Jésus avait tenté à répétition de corriger les espérances messianiques.

 

Par ailleurs, dans la première lecture, nous avons entendu le prophète Jérémie nous inviter à une confiance totale : le Seigneur fait avec nous une alliance de la plus profonde intériorité. Il le promet : « je mettrai ma loi d’amour, de miséricorde, de pardon, au plus profond d’eux-mêmes, je l’inscrirai dans leur cœur… Ainsi tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. » Oui, tous connaîtront le Seigneur ! L’ouverture est universelle.

Dans la même ligne, Saint Jean mentionne explicitement l’intervention des Grecs, des païens, auprès de Philippe et d’André, qui portent des noms grecs. Ce que ces Grecs demandent c’est : « Nous voudrions voir Jésus ». Et Jésus répond par de multiples affirmations. Et il conclut : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». Oui, tous connaîtront le Seigneur !

Désormais, il n’y a plus ni Grecs ni Juifs, il n’y a plus qu’une humanité toute entière, appelée à voir Jésus. Une humanité transfigurée en espérance à la lumière du Christ, comme nous l’avons médité dimanche dernier. ‘Marchons pleins d’espérance vers notre humanité à la lumière du Christ !’

 

Ainsi Jésus se montre à nous, non dans la manifestation glorieuse des éclairs et du tonnerre sur le Sinaï, mais dans ce qui est à la fois l’humiliation et la gloire de la Croix. Comme le rappelait Saint Irénée : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! ». Mais comprenons-le bien : la gloire de Dieu, c’est le Fils de l’homme mourant par amour pour nous sur la Croix. Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes.

 

Qu’est-ce qui est absolument central dans cet évangile ? Cette pâque pour laquelle Jésus est monté à Jérusalem est la troisième et la dernière de son ministère public : révéler à tout homme sa vocation en l’ouvrant au mystère de Dieu. La veille, Jésus avait été accueilli triomphalement par la foule à son entrée dans la ville.

Le récit évangélique qui suit notre passage rapporte le dernier repas avant l’arrestation de Jésus. Nous sommes donc dans cette perspective de sa mort cruelle,  que Jésus a souvent évoquée depuis quelques semaines devant ses intimes, qui est maintenant toute proche, et qu’il appelle son « heure ».

Cette heure, il n’a jamais cessé d’y penser, depuis le jour où il était à la noce à Cana et où il a répondu à sa mère : « Mon heure n’est pas encore venue. » Mais aujourd’hui, cette heure est vraiment proche et il a peur. Comme on le comprend ! « Père, délivre-moi de cette heure ! »

 

De quelle heure s’agit-il ? Jésus le dit : « L’heure où la Fils de l’homme doit être glorifié ! » Et Jésus l’explicite en utilisant une première image : celle du grain de blé semé en terre ; il doit pourrir, disparaître pour donner du grain au temps de la moisson. C’est évident : On s’en rend compte particulièrement dès les premiers jours du printemps : alors que tout semblait mort, s’opérait une germination souterraine et voilà que les fleurs apparaissent. C’est la loi de la nature. Jésus en fait immédiatement une application à la vie humaine : mourir à soi-même pour faire vivre et se donner  pleinement. C’est la loi de l’amour.

 

Jésus fait aussi allusion à une deuxième image, celle du serpent de bronze, dont il parlait dimanche dernier dans sa conversation nocturne avec Nicodème. Jésus, par sa mort sur une croix, est élevé de terre, comme le serpent, qu’il suffisait de regarder pour être sauvé. Ainsi, quand les Grecs demandent de pouvoir voir Jésus, celui-ci répond : attendez quelques jours. Le vendredi suivant ils verront ;

Cet homme tordu et défiguré par la souffrance, il manifeste, par le don de sa vie, l’immensité de l’amour de Dieu pour toute créature, Juifs et Grecs.

 

Enfin, à quelques jours de la semaine sainte, nous pouvons aussi penser que l’évangile d’aujourd’hui en saint Jean, constitue d’une certaine façon le récit de l’agonie de Jésus. Devant la démarche des Grecs demandant à le voir, une immense émotion intérieure s’empare de l’âme de Jésus. « L’heure approche, » elle est venue. Fuir cette heure pour laquelle il a vécu toute son existence terrestre lui était impensable. Comme « Fils de l’homme », Jésus a incarné l’existence terrestre avec toute sa profondeur et son caractère dramatique afin de vivre non pour lui-même mais pour les autres, en accomplissant jusqu’à l’extrême l’œuvre du Père. Alors la voix du Père se fait entendre : « Je j’ai glorifié et je le glorifierai encore ! ».

Puissions-nous tout spécialement au long des semaines qui viennent, contempler avec reconnaissance et avec un amour inépuisable la Croix glorieuse de celui qui nous a tant aimés qu'il a donné sa vie pour nous donner la vie.

 

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