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Homélie de la fête de la Toussaint B (Père Jacques Weisshaupt)

1 Nov 2015

 

Mathieu 5, 1-12

 

Jésus les enseignait ! Jésus nous enseigne ici et maintenant ! Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice…

         Jésus est le vrai chemin de vie. Il nous indique la voie du bonheur selon Dieu. Nous sommes encore en route. Si nous pilotons avec un gps, Jésus nous demande de le programmer aussi au long terme ! Le pape François nous invite à nous laisser enthousiasmer par la joie, celle de Dieu même qui nous rejoint en Jésus, celle qui rayonne de l’Esprit Saint. Ce chemin idéal contraste sans doute avec la réalité du vécu de beaucoup aujourd’hui. Quel serait donc le bonheur véritable des doux, des miséricordieux, des artisans de paix que désigne Jésus ?

         Nos expériences contemporaines ne nous mettent-elles pas si souvent, hélas, devant le contraire ? Est-ce que les doux, les humbles et les miséricordieux héritent vraiment de la terre, ces millions de réfugiés, alors que les violents spolient sans vergogne ? Politiquement, ce sont régulièrement ceux qui trompent et qui exploitent les plus faibles qui triomphent scandaleusement !

         Du point de vue économique, ne voyons-nous pas que ce sont les plus forts qui gagnent, bien habillés, bien soignés, bien sécurisés, faisant tout à leur gré, vivant tout à l’aise ? N’est-ce d’ailleurs pas là le bonheur qui nous est suggéré dans le tintamarre publicitaire ! Dans ce monde-là, l’humilité est une faiblesse et la réussite est réservée aux plus forts. Les humbles et les généreux, bien trop idéalistes, risquent d’être les dindons de la farce.

         Or, c’est bien ces personnes-là que Jésus déclare heureuses ! Comment Jésus peut-il proclamer cela ?

          Et aujourd’hui, ce sont ceux que Jésus appelle heureux ne sont-ils pas bien trop souvent ceux qui souffrent le plus ? Du temps de Jésus, la situation n’était pas fondamentalement différente. Selon le schéma sociopolitique de l’époque, on constate bien  qu’il y avait, d’un côté, le bonheur des riches, des forts, des violents, et de l’autre, le malheur des pauvres, des faibles, des doux.

         Nous voilà aujourd’hui devant cette situation effroyable de millions de personnes obligées de fuir leur chez soi et leur patrie, chassées par la violence, l’intolérance, la persécution. Pourtant nous accueillons dans la foi cette béatitude de Jésus : « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ». Chaque année, nous le réentendons quand nous fêtons tous les saints. Nous nous rappelons, en effet, ces nombreux saints martyrs qui ont souffert terriblement, qui ont été persécutés, et même torturés, dans les affres de la douleur à cause de ceux qui ne cherchent qu’à faire le malheur d’autrui, d’éliminer celles et ceux qui sont de trop !

         Le défi est donc bien pour nous, aujourd’hui, de comprendre le sens des béatitudes à la lumière du Christ. Il nous faut découvrir toujours davantage que les saints et bienheureux sont ceux qui se sont laissés transformer, porter par l’amour, par l’Esprit d’amour. Oui, Jésus parle du bonheur, mais il ne parle pas de ce que l’on a ou de ce que l’on possède. Car les miséricordieux ou les cœurs purs peuvent être aussi des pauvres et des exploités. Jésus ne parle pas non plus de tout ce qui fait l’histoire d’une vie, ses circonstances, ses heurts et malheurs : oui, les circonstances peuvent faire que les justes et les doux souffrent terriblement, qu’ils peuvent être gravement malades ou torturés ou chassés et bannis de chez eux. Le mal n’épargne personne et fait de nombreuses victimes…

         Dès lors, l’évangile nous oriente vers le plus être, vers le mieux être, vers ce que chacune et chacun est en profondeur. Est-ce qu’être heureux, ce n’est pas lié à l’expérience de réussir un projet, un rêve ? Oui, nous pouvons réussir des choses, nous pouvons réussir à avoir et à posséder, mais nous pouvons aussi réussir à mieux être, à être vraiment humains. Comme pour les artistes, pour qui le plus important est de créer de la beauté, même si cela ne leur rapporte pas d’argent ; leur bonheur véritable, c’est d’être reconnus comme artistes.

Ainsi, pour Jésus, l’œuvre d’art proposée, c’est bien de vivre en vérité, selon les dimensions multiples des béatitudes : elles éclairent le chemin du bonheur selon la joie de l’évangile, selon la dynamique de l’amour, par un décentrement continuel vers l’autre. Toute richesse, tout talent n’est-il pas là pour être partagé, pour être discerné ?

         Ainsi donc, l’évangile des béatitudes et la fête de tous les saints bienheureux nous invitent à ne pas nous tromper de projet de vie personnelle, familiale, communautaire. Ne nous laissons pas tromper par les apparences, ne cherchons pas à gagner l’univers entier en perdant notre humanité, notre âme, en construisant sur l’avoir et la possession et non sur l’être et la vocation. Soyons vraiment humains ! Accueillons les autres ! Aimons en vérité ! Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.

         Oui, le bonheur dont parle Jésus est celui de voir et discerner au jour le jour ce qui est vraiment humain et de faire le bon choix : choisir de vivre humainement, même si ce choix peut être douloureux jusqu’à perdre la vie en la donnant. Rappelons le Père Maximilien Kolbe, qui a donné sa vie à la place d’un compagnon prisonnier à Auschwitz. Aussi, les saintes et les saints fêtés aujourd’hui, c’est par la grâce de Dieu qu’ils ont réussi à modeler leur vie sur celle de Jésus, alors  même qu’ils se livraient, comme Jésus, à la mort ou qu’ils souffraient la pauvreté, la solitude, la faim, la persécution. C’est eux que Jésus appelle les bienheureux ! Et nous avec, dans l’eucharistie !

 

 

 

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