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Homélie du 29ème dimanche ordinaire B (Père Jacques Weisshaupt)

17 Oct 2015

 

Marc 10, 35-45

 

Frères et sœurs,

 

Jésus vient d’annoncer pour la troisième fois sa Passion, et voilà que Jacques et Jean interviennent et formulent une demande assez surprenante.

Les disciples pressentent bien que le dénouement est proche. Comment interpréter la requête de siéger à la droite et la gauche du Christ dans sa gloire ? Sans doute exprime-t-elle aussi un fort attachement à Jésus, ils veulent voir leur destin lié à celui de Jésus, dans l’avenir comme maintenant. Jésus va les inviter à une compréhension plus juste.

Il leur faut d’abord vivre le présent, qui porte la volonté de Dieu : boire la coupe, c’est vivre à l’heure de Dieu, vivre le « maintenant » de la foi, qui surprend souvent.

         Ensuite il ne faut pas se projeter dans un avenir, mais entrer dans le mystère de Dieu, dans lequel l’amour vulnérable ne fuit pas l’épreuve suprême de la Croix : avec les disciples, nous sommes invités à convertir notre imaginaire et à assumer ce que le Seigneur  nous fait découvrir comme son dessein d’amour jusqu’à la fin.

         Enfin, Dieu nous invite à aimer tellement le Christ que nous acceptions de ne pas le retenir dans nos schémas sécuritaires : laisser peu à peu les hommes et l’humanité devenir si proches que l’amour du prochain nous fait découvrir le Christ dans le pauvre que nous secourons, dans les  réfugiés, nos frères et sœurs dans le malheur !

         Ainsi Jésus, en répondant à la demande de Jacques et Jean, nous permet de comprendre la comparaison qu’il fait : « Ceux que l’on regarde comme chef des nations païennes commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ». Jésus touche au fondement des relations humaines. Le rapport dominant-dominé ou pouvoir-soumission n’est pas le tout des relations. Alors sur quoi porte l’appel de Jésus ?

Jésus reconnaît que nous recherchons l’excellence, la performance, la concurrence : il nous faut pouvoir déployer nos talents … « celui qui veut être le premier… ».

Par ailleurs, Jésus nous demande de consentir à une rupture par rapport aux manières de faire habituelles dans notre monde. Les relations humaines, pour les disciples du Christ, ne se comprennent pas comme un pouvoir à faire sentir, une maîtrise à assurer, une autorité à imposer. Exerçons donc autrement nos responsabilités ! C’est moins facile, mais alors nous retrouvons  une liberté intérieure, sans nous laisser dominer par notre volonté naturelle de puissance.

         C’est pourquoi Jésus nous demande de nous engager sur sa voie à lui, celle du service : « celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ». Bien sûr, dans notre expérience familiale, dans nos engagements citoyens, dans nos associations et nos gestions financières, nous avons régulièrement l’occasion de faire l’expérience que le service est une dimension fondamentale d’une action responsable. Le Christ nous invite même à être entièrement serviteurs, comme le jeudi saint, pour le lavement des pieds. C’est une manière d’être !

 

 

         En ce dimanche de la mission, Jésus nous invite donc à le contempler pour comprendre tout l’enjeu de notre vocation chrétienne actualisé en chaque célébration eucharistique : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Oui, le Christ est le Serviteur souffrant évoqué dans les lectures de la Semaine Sainte. Il dévoile que Dieu lui-même accepte de traverser la souffrance et la mort, notre lot à tous, et de vivre le paradoxe de tout pouvoir et de toute domination jusqu’à mourir sur la croix.

         En Christ, Dieu veut servir. Servir n’est pas seulement une façon de faire, mais surtout une manière d’être.

         Servir est une manière d’être qui change notre regard, c’est voir le monde à partir d’en bas, avec humilité, et alors ce monde se montre bien différent.

Servir, c’est aussi une manière d’être qui veut éviter de se transformer peu à peu en pouvoir, en spécialiste exclusif d’un service, sans partager…

         Servir, c’est une manière d’être quand je m’oublie moi-même et mon image et que je suis proche de tous nos frères, particulièrement les plus oubliés et exclus, en toute discrétion…

         Quand je sers, je permets au Seigneur de me détacher de ce qui m’attache et me ligote, je le laisse me rendre vraiment libre, en assumant joyeusement ma modeste place.

         Quand je sers, j’ouvre larges mes portes et mes fenêtres pour accueillir l’Esprit Saint et rencontrer mes frères et sœurs avec le regard même du Christ, qui « passait en faisant le bien ».

         Nous sommes donc invités, en ce dimanche des missions, à « annoncer l’évangile à toutes les nations », à l’annoncer comme des serviteurs, avec un cœur humble, un cœur qui sait demander à Dieu la force d’ aller au bout de la tâche. Notre communauté eucharistique est toujours cette étape bienfaisante où Jésus Ressuscité nous invite à continuer à agir comme lui, à accueillir et à servir.

 

 

 

 

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