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Homélie du Vendredi Saint B (Père Vincent Klein)

3 Apr 2015

 

Les chants du Serviteur Souffrant récapitulent toute la douleur du Christ et de l’humanité: « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 6-7).

 

Face à la souffrance, comme le Serviteur que chante Isaïe, nous avons la tendance naturelle à nous durcir. La pierre que nous avons reçue à l’entrée de la chapelle exprime notre résistance. Car la souffrance nous marque, elle est enracinée profondément dans notre histoire et conditionne notre présent. Durcis par la souffrance, nous devenons durs avec nous-mêmes et ensuite avec les autres. La Passion du Christ nous invite à reconnaître et à confesser nos duretés. Offrons-les au Seigneur sous peine de les laisser nous détruire. Notre souffrance devenue durillon ne nous détruit pas que nous, mais elle devient une pierre que nous jetons à nos proches, dans le couple, la famille, l’école, le travail ou nos communautés. Nous les faisons souffrir à leur tour de manière imméritée et cela nous blesse profondément dès qu’on y pense. Alors nous préférons détourner le regard au risque de nous enfermer encore davantage.

 

Mais la souffrance peut être occasion de changement, elle peut devenir une chance qui nous permet d’apprendre la tendresse et la compassion, comme peut l’être un passage à l’hôpital ou en prison. L’expérience de l’échec est quelque chose de fondamentale pour notre vie. La souffrance nous apprend souvent à être plus humains, c’est-à-dire plus humbles. Alors oui, gare à cette réussite fulgurante, linéaire qu’on nous prône sur nos lieux de travail ou dans les médias. Stan Rougier racontait l’histoire du sapin qui pousse vite et droit et qui fait envie. Mais cet arbre donne des fruits nocifs et on se sert de son bois pour faire des cercueils. Or il existe des arbres noueux qui poussent doucement, comme un olivier ou un cerisier. Leurs fruits sont excellents, leur bois a beaucoup de valeur et ils se consument très lentement. Ainsi la souffrance peut-elle être l’occasion de nous renforcer tout en nous humanisant. Jésus a vécu sur la croix un échec cuisant, un des échecs les plus retentissants de l’histoire et pourtant, jamais échec n’a été aussi fécond.

 

Dieu nous a fait une promesse à travers le prophète Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 26). En nous dirigeant vers la croix, c’est ce que nous demanderons ! C’est ce cœur de chair qui fait que nous pouvons le suivre et nous attendrir.

 

Bien sûr, il est difficile d’avoir un cœur compatissant, bien sûr, il faut savoir se protéger, sinon nous risquons d’être habités par la révolte des prophètes qui crient vers Dieu, car ils souffrent tant de la souffrance des autres qu’elle devient insupportable…

 

Nous allons déposer notre pierre au pied de la croix, demandons au Christ un cœur de chair, offrons-lui nos duretés, celle qui nous font souffrir et font souffrir notre entourage. Demandons-lui un cœur compatissant, humble, fragile, mais surtout évangélique. Et nous ressusciterons avec Lui, car ce geste a pour Dieu valeur d’éternité. 

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