Articles récents
Please reload

Filtrer les articles
Please reload

Homélie du Jeudi Saint B (Père Vincent Klein)

2 Apr 2015

 

Nous sommes à la fin du premier siècle, à Ephèse, en Asie Mineure. La communauté chrétienne avait coutume de se rassembler chaque dimanche pour fêter la Résurrection du Seigneur, pour partager la Parole et le Pain, comme depuis le début. Elle écoutait les récits que lui avaient laissés les Evangélistes : Marc tout d’abord, puis Matthieu et Luc. Mais depuis quelque temps, la communauté était particulièrement en émoi. Le disciple bien-aimé, devenu très vieux, leur racontait des histoires de Jésus-Christ qu’ils n’avaient encore jamais entendues. Il appelait le Maître ‘Verbe de Dieu’. Il leur parlait d’une rencontre un soir

 

avec un sage pharisien nommé Nicodème, avec une femme Samaritaine qui avait eu 6 maris et dont Jésus avait su déceler son désir profond en lui donnant l’eau vive. Il y avait aussi l’histoire de l’aveugle-né, guéri de sa cécité et qui avait rendu témoignage au Christ en confessant sa foi. Et puis, la dernière fois, il a raconté comment Lazare, l’ami de Jésus, était mort et comment par l’intercession de Marthe et Marie, il l’avait fait sortir de la tombe. Mais depuis lors, le sage vieillard s’était tu. Tous savaient qu’il avait gardé le plus fort pour la fin, mais personne n’osait le pousser à la raconter plus vite qu’il ne l’avait prévu. Il faut dire qu’à force d’écouter les paraboles de Jésus, ils avaient appris la patience.

 

Voilà qu’à l’approche de Pâques, lors d’une douce soirée de printemps, comme à son habitude, Jean avait fait rassembler la communauté autour de l’autel du Seigneur. Son regard brillait comme chaque fois qu’il parlait de sa vie avec le Maître. Il raconta de sa voix grave et assurée : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout ». L’heure était donc venue pour la communauté du disciple bien-aimé aussi. Oui, cela ne faisait aucun doute, Jean allait leur raconter ce soir-là le cœur de l’amour de Dieu. Il poursuivit : « au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu, se lève de table »… Et voici que le vieillard se lève de table. Tous, hommes et femmes, les grands et les enfants qui se pressaient devant, s’attendaient à voir le disciple prendre le pain comme il le faisait d’habitude. Mais voici que le récit prend un tournant inattendu et qui laissa l’assemblée bouche bée : « Jésus quitte son vêtement et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis il verse de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture ».

 

Jean raconte avec émotion comment le Maître a pris la place du serviteur, de l’esclave dans ce rituel du lavement des pieds qui était un signe de bienvenue au Proche-Orient. Et il livre à la communauté le sens de ce geste : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. » Et voilà la communauté renvoyée à sa pratique de la charité, de l’attention à l’autre au quotidien.

 

Nous voici tous, chers frères et sœurs, renvoyées à nos vies. Est-ce que nous nous baissons pour servir les autres, est-ce que nous accueillons le plus petit, le plus faible comme le visage du Christ, car Il y révèle son vrai visage, souvent surprenant, meurtri, présent dans l’étranger, le mendiant, le prisonnier, le malade ou l’enfant délaissé ou maltraité. Au récit de l’institution de l’Eucharistie, - que nous entendrons tout à l’heure- le quatrième Evangéliste a littéralement substitué le lavement des pieds, nous montrant ainsi clairement le lien intime et indissociable entre ce que les Pères de l’Eglise appellent le « Sacrement de la table » et le « Sacrement du frère ». L’Eucharistie ne prend donc sens que dans l’accueil humble du frère, dans la place à l’autre que laisse l’écoute, une naissance, une rencontre amoureuse ou une amitié et surtout, dans l’accueil du pauvre et du petit. Voici ce qu’en dit un célèbre Père de l’Eglise : Saint Jean Chrysostome, Evêque de Constantinople de la fin du 4ème siècle:

 

« Veux- tu honorer le corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps est le même qui a dit : Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri. Quelle utilité à ce que la table du Christ soit chargée de coupes d’or, quand lui meurt de faim ? Rassasie d’abord l’affamé, orne ensuite la table.

Tu fabriques une coupe d’or et tu ne donnes pas une coupe d’eau. En ornant sa maison, veille à ne pas mépriser ton frère affligé ; car ce temple-ci est plus précieux que celui-là.

Qui pratique l’aumône exerce une fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le Corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans la rue et sur les places. Et à toute heure du jour tu peux y célébrer ta liturgie ».

Please reload

© 2014 Communauté Jésuite du Christ-Roi,  25 avenue Gaston Diderich L-1420 Luxembourg

  • Facebook - Gris Cercle