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A la mémoire du Père Emile Gales 1914-2015 - (Père Josy Birsens sj)

18 Jan 2015

Toute vie chrétienne est une marche à la suite de Jésus, le Fils de Dieu fait homme, et un tel engagement amène parfois des ruptures et des réorientations majeures. Il en a été ainsi pour les premiers disciples, Jean et André, Pierre, Jacques et tous les autres, et il en a été ainsi pour notre P. Emile. C’est la foi profonde de sa mère et de certains prêtres du collège de Virton qui lui a indiqué le chemin à suivre, comme Jean-Baptiste l’a fait pour deux de ses disciples. Et quand il a senti l’appel pour l’Inde, sa vie a changé de manière aussi radicale que celle du pêcheur Simon à qui Jésus donne le nom de Pierre pour bien signifier que rien se sera plus comme avant.

Après deux années passées au séminaire de Luxembourg, le jeune Emile a senti l’appel à entrer au noviciat jésuite d’Arlon le 23 septembre 1936. La vocation de compagnon de Jésus l’attirait et cette relation personnelle au Christ devait être le cœur de sa vie désormais. Nous avons tous été marqués par sa foi profonde quand il célébrait l’eucharistie, quand nous l’entendions réciter à voix haute le bréviaire dans sa chambre chaque matin, quand nous découvrions certains hymnes ou versets de psaumes qu’il recopiait de sa belle écriture dans ses cahiers.

Le P. Emile n’a jamais caché son attachement au Seigneur, comme le jour où lors d’une grève des enseignants d’un collège qu’il dirigeait, il s’est installé en tailleur à la manière indienne au milieu de la cour de récréation pour méditer ! Ou encore quand à la messe et même à table en communauté, il évoquait le mystère de Dieu (« God ») et la nécessité de faire silence pour le rencontrer (« schweigen »). Quand il est revenu à Luxembourg, il a tenu pendant plusieurs années une école de prière Sadhana pour amener les chrétiens d’ici à une plus grande profondeur dans leur relation à Dieu. Oui, le P. Emile vivait de sa relation avec Jésus Christ et la paix profonde qui émanait de lui témoignait de sa grande proximité avec le Seigneur.

Quand le jeune missionnaire arrive en Inde début 1947, quelques mois avant l’indépendance du pays, il sent bien qu’il doit laisser derrière lui tout son bagage européen. En apprenant le bengali, le P. Emile a voulu se mettre au diapason de sa nouvelle patrie. Sa familiarité avec les poèmes de Rabindranath Tagore et d’autres chants en bengali – il en connaissait quelques 200 par cœur ! – forçait l’admiration de tous : confrères jésuites, collègues et élèves indiens. Le P. Emile a consacré la quasi-totalité de ses 41 années de missionnaire aux jeunes : recteur des collèges jésuites de Darjeeling, Burdwan et Haldia ou de la faculté de philosophie et de théologie de Poona, il est resté toute sa vie au contact des jeunes et il n’était pas peu fier de l’œuvre éducative des jésuites en Inde.

Les nombreuses marques de sympathie et de gratitude de ses anciens élèves, jusques et y compris lors de son 100e anniversaire, témoignent de leur attachement et de leur fidélité. Même après son retour chez nous en 1988, le P. Emile a gardé de nombreux liens avec l’Inde qu’il a revisitée à plusieurs reprises, en pèlerinage comme il aimait le dire, mais aussi pour soutenir des projets sociaux et éducatifs de l’ONG « Indesch Patenschaften ». Il était particulièrement heureux d’avoir pu rassembler les fonds nécessaires pour construire la 1ère église catholique à Haldia, près de Calcutta.

Quand son confrère Josy Sassel l’a convaincu qu’il pouvait encore rendre de bons services à l’Eglise de son pays natal, le P. Emile n’a pas hésité à vivre un 2e moment de grande rupture en revenant au Luxembourg. Il a su se réadapter à une situation locale qu’il ne connaissait plus, toujours avec son optimisme foncier et sa foi profonde. Même si la religiosité presque naturelle et la quête spirituelle de l’Inde lui manquaient, son sourire, son contact chaleureux et sa spiritualité resteront sans aucun doute dans la mémoire de beaucoup d’entre nous, tout comme certaines de ses phrases-fétiches qu’il répétait à qui voulait l’entendre (« de mieux en mieux »).

En communauté aussi, le P. Emile était un homme agréable à vivre, un pôle reposant au milieu de toutes les activités et préoccupations de ses confrères plus jeunes. Il a su mettre en pratique la devise de « vieillir gracieusement » (« ageing gracefully »), nous donnant l’image d’une vie religieuse joyeuse et épanouie. Et quand il a dû quitter la maison du Christ-Roi pour se faire soigner à la maison pour personnes âgées Saint-Jean de la Croix, il insistait qu’il faisait toujours partie de la communauté et il prenait très au sérieux sa dernière mission de soutenir ses compagnons actifs par la prière. Oui, le P. Emile aimait sa famille religieuse et nous, ses compagnons jésuites.

Rendons grâce aujourd’hui pour cette belle vie si riche et remplie de missionnaire, de prêtre et de jésuite. Et demandons au P. Emile d’intercéder pour nous et pour notre monde auprès de Dieu le Père que nous sachions aussi, chacun à sa manière, suivre l’appel du Christ « de mieux en mieux ».

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