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Homélie du dimanche de la fête du Christ-Roi - (Père Josy Birsens sj)

23 Nov 2014

Matthieu 25, 31-46

 

Quand notre chapelle du Christ-Roi a été construite par les jésuites allemands en 1931, la fête du Christ-Roi venait tout juste d’être instaurée, en 1925. Dans une société en proie à la tourmente après cette 1ère guerre mondiale si meurtrière et aux prises avec une grave crise économique, l’Eglise catholique voulait orienter les regards vers Jésus Christ, alpha et oméga, seul point d’appui ferme et stable dans un monde en profonde mutation.

Mais le titre même de roi peut induire en erreur. D’abord, la plupart des rois ont disparu à cette époque en sorte que le recours à ce titre fait appel à un passé qu’on peut être tenté de glorifier en rêvant de le restaurer. Ensuite, Jésus n’a jamais voulu instaurer un pouvoir terrestre : la seule fois où, devant Pilate, il ne récuse pas ce titre, c’est pour bien spécifier que son royaume n’est pas d’ici-bas. Se référer au Christ-Roi peut induire des chrétiens et l’Eglise à s’attacher à une forme de pouvoir, fût-elle sur les consciences, à rêver de conquérir le monde entier « pour le Christ » en oubliant que le règne de Jésus est avant tout service et amour, donc aussi respect de la liberté d’autrui. Que peut donc signifier pour nous aujourd’hui la fête du Christ, Roi de l’univers ?

Dans la Bible, il est clair qu’il n’y a qu’un seul roi : c’est Dieu. C’est lui qui a choisi Israël, le peuple élu, c’est à lui seul que l’on doit respect et obéissance. Toute royauté terrestre devra se mesurer avec celle du Seigneur. L’expérience a vite montré à Israël que ses rois n’étaient pas meilleurs que ceux des voisins, qu’ils abusaient de leur pouvoir, cultivaient leurs privilèges et ne suivaient souvent pas la loi du Seigneur. Aussi leur disparition au temps de l’exil marque-t-elle un tournant dont le prophète Ezékiel se fait l’interprète (1ère lecture) : c’est Dieu lui-même qui sera désormais à la tête de son peuple et cela à la manière d’un bon berger. Il aura soin de toutes ses brebis, il veillera qu’il y ait un pâturage suffisant pour tous, il les précédera et les gardera de tout danger. L’image du roi se trouve donc corrigée par celle du bon berger que Jésus reprendra en termes presque poétiques pour lui-même dans l’évangile selon saint Jean (chap. 10,1-19). Dès lors, aucun roi ou empereur humain, aucune puissance politique, économique ou financière ne peut plus se prévaloir comme autorité suprême, ce rang revient à Dieu seul. Cela peut nous donner à réfléchir aujourd’hui et donner un sens très actuel à la fête du Christ-Roi !

 

Vous aurez sans doute remarqué que les trois textes que la liturgie nous propose aujourd’hui sont tous au futur. C’est dire que la royauté de Dieu nous est promise, elle est certes déjà là en germe, mais encore loin d’être réalisée. Voilà qui peut nous prémunir en Eglise contre toute tentation de confondre une réalité politique ou sociale donnée avec le royaume de Dieu. Le règne de Dieu se réalise par appel et non pas par contrainte ! Le Christ est là à l’horizon de notre histoire qui nous attire et nous interpelle à participer à la construction de son royaume. La grande assurance qu’il nous donne, c’est que par sa mort sur la croix, il a vaincu toutes les forces du mal qui pourraient nous entraver pour faire régner la justice et le droit, en nous et autour de nous. Jésus ressuscité est donc là à nos côtés pour nous soutenir dans nos efforts pour faire advenir le bien dans notre monde et faire avancer ainsi le royaume de Dieu.

 

Où trouver alors, où rencontrer le Christ aujourd’hui ? Comme le dit le bel évangile en Mt 25, principalement dans tous ceux qui ont faim et soif, qui sont indigents et nécessiteux, qui sont privés de liberté et de dignité. En eux, Jésus se donne à voir, à toucher, à entendre à travers tous les temps et encore de nos jours ! La fête d’aujourd’hui nous invite donc à ne pas rêver d’une position sociale dominante de l’Eglise, mais à vivre la loi de l’amour au quotidien en faisant du bien aux personnes que nous rencontrons. A la fin des temps, nous serons jugés sur nos actes d’amour là où nous avons été placés : dans nos familles, dans notre entourage, sur nos lieux de travail et en société. Que l’Esprit-Saint nous donne la force et la persévérance pour mettre en pratique le double commandement de l’amour, humblement et en payant de nos personnes. Que le Christ, roi de nos cœurs, attire ainsi à lui tous les hommes par le témoignage vécu d’un amour qui dépasse toutes les forces négatives !

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