Homélie du 2ème dimanche de Pâques A (Père Maurice Gilbert s.j.)

Jean 20,19-29

Il y a huit jours, nous célébrions la résurrection de Jésus et la première partie du texte évangélique qui vint d’être proclamé rappelle comment, le soir de Pâques, Jésus apparut à ses disciples au Cénacle.

Jean l’évangéliste fait de cette rencontre une scène de souveraine importance. Jésus salue immédiatement ses disciples par les mots courants en hébreu lorsqu’on rencontre quelqu’un ou un groupe de personnes, « Paix à vous ! ». Puis, il leur montre ses mains que des clous avaient transpercées et son côté qu’un soldat avait ouvert de sa lance, alors qu’il était déjà mort ou plutôt : qu’il avait « remis l’esprit » (Jn 19,30.34).

C’est bien lui, le Crucifié : il est vivant ! Puis, il envoie ses disciples en mission de par le monde. Après la dernière Cène, il leur avait dit : « Comme mon Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » (Jn 15,9). À présent, il ajoute comme en écho : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Car cet amour est fait pour se répandre partout dans le monde. La mission de réconciliation et de paix qui fut celle de Jésus durant sa vie terrestre, c’est aux disciples, à l’Église, de la poursuivre parmi tous les peuples

Et, dans ce but, comme il l’avait promis (Jn 16,7), il donne l’Esprit Saint à ses disciples. Ce don, Jésus le fait en soufflant sur eux : par ce don, il fait d’eux une nouvelle création, reprenant ainsi en la dépassant la première création lorsque le Créateur insuffla une haleine de vie dans les narines du premier homme qu’il avait façonné avec de la glaise (Gn 2,7).

Désormais habités par l’Esprit Saint de Dieu, les disciples et l’Église d’hier et d’aujourd’hui reçoit de Jésus ce pouvoir de réconciliation que le Père lui avait confié durant sa vie sur cette terre. Par l’Église, c’est le Christ qui continue son œuvre de pacification en remettant les péchés. « Qui vous écoute m’écoute », avait dit Jésus (Lc 10,16).

Or, l’apôtre Thomas n’était pas au Cénacle lorsque Jésus était apparu à ses disciples le soir de Pâques. Quand ceux-ci lui racontèrent leur rencontre avec le Ressuscité, il ne les crut pas : « Si ne vois pas dans ses mains la trace de clous et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas ! ». C’est l’attitude du sceptique qui refuse le témoignage des témoins ; eux-mêmes d’ailleurs n’avaient pas cru, au matin de Pâques, le témoignage des femmes, qui pourtant avait vu le Ressuscité. Même un apôtre peut douter et ne pas donner foi au rapport des témoins.

Huit jours plus tard, donc, – aujourd’hui, ce dimanche après Pâques, – Jésus réapparut au Cénacle et, cette fois, Thomas était avec les autres disciples. Le scepticisme de Thomas avait été provocant pour les témoins du jour de Pâques. Maintenant, c’est Jésus en personne qui provoque Thomas, comme s’il lui disait : Tu voulais voir la trace de clous et toucher mon côté ouvert, les voilà ! À cette vue, il est peu vraisemblable que Thomas ait concrétisé ce qu’il avait dit, car, tout de suite, Jésus ajoute à son adresse cet encouragement : « Cesse d’être incrédule ; soit plutôt un croyant » (Jn 20,27). Mis devant l’évidence que le Crucifié et bien ressuscité, Thomas professe maintenant sa foi par une formule bien connue : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28), qui, de tout le Nouveau Testament, est celle qui proclame le plus nettement la foi de l’Église des origines et de l’Église tout entière au long de siècles jusqu’à nous.

La scène s’achève par la dernière béatitude que Jésus prononça en ce monde : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29). Par ces mots, il adresse ses félicitations, non pas à ces disciples, – car ils avaient douté, – mais à tous ceux qui, sans avoir jamais vu Jésus de leur vivant, croient au témoignage de ses témoins : c’est à nous aussi, qui croyons en lui sans l’avoir jamais vu de nos yeux, qu’il adresse ses félicitations pleines d’encouragement.

Heureux, vraiment, nous le sommes ! Nous le croyons : Christ est ressuscité ! À nous aussi, de poursuivre son œuvre de réconciliation, par la force de l’Esprit Saint qui nous a été donné.

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