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Homélie du jeudi saint A (Père Guy Delage s.j.)

16 Apr 2014

L’heure de Jésus, l’heure de passer de ce monde à son Père est venue. Elle est même annoncée avec une certaine solennité au verset 1. Dans l’évangile de st Jean elle s’ouvre sur l’épisode du lavement des pieds que l’on ne retrouve pas dans les autres évangiles. Mais cet épisode joue le même rôle que l’institution de l’eucharistie qui est relatée dans les synoptiques : il anticipe la passion, la mort et la résurrection de Jésus.

 

Le lavement des pieds c’est le premier geste qui fait entrer Jésus dans un mouvement d’abaissement, mouvement qui va s’achever au tombeau et le conduire à la victoire définitive sur la mort au matin de Pâques. Jésus sait qu’il n’est que de passage dans ce monde parce qu’il vient de Dieu. Il sait que le moment est venu à présent d’y retourner, de revenir à son origine. Le Père a tout remis entre ses mains. A cette heure qui vient, il sait qu’il tient entre ses mains tout le pouvoir que son Père lui a donné. Et son Père lui a tout donné. Il est donc le maître du jeu.

 

Alors il se lève de table tout comme il se lèvera d’entre les morts quelques jours plus tard. Puis il dépose son vêtement tout comme il en sera dépossédé sur la croix par les soldats. En déposant son vêtement, il se dessaisit de sa vie.

 

L’élévation de Jésus, son retour vers le Père prend la forme d’un abaissement. Abaissement qu’il manifeste en prenant la place de l’esclave. Dans la culture juive c’était à l’esclave de laver les pieds du maître. Jamais le maître ne s’abaissait pour laver les pieds de quelqu’un d’un rang inférieur. D’où l’opposition de Pierre pour qui Jésus est le maître, le Seigneur qu’il admire, qu’il respecte et qu’il est prêt à défendre jusqu’à la mort. Mais admirer, respecter et même défendre au péril de sa vie n’est pas aimé. L’amour crée une dépendance, appelle la réciprocité. Les gens qui s’aiment ont besoin les uns des autres. Le Tout-Puissant devient tout petit pour nous faire comprendre qu’il a besoin de nous. Jésus renverse le modèle de la pyramide. Au sommet de la pyramide il y a les puissants, les riches, les intelligents qui gouvernent le monde, qui mènent la barque de la société humaine. Et à la base il y a les immigrés, les chômeurs, les malades, les handicapés, les exclus et marginaux en tous genres. Jésus prend la dernière place pour transformer ce modèle social en un corps où chacun a sa place, qu’il soit malade ou en bonne santé, valide ou invalide, jeune ou vieux, riche ou pauvre, immigré ou autochtone. Dans le Corps de l’Eglise chacun a sa place et a un rôle à jouer. Il n’y a pas de dernière place.

 

Jésus, en prenant la dernière place, invite ses disciples que nous sommes à faire de même, à nous mettre au service de ceux que notre monde rejette parce qu’ils ne produisent pas de richesses, sont incapables de relancer l’économie et ont perdu une grande part de leur autonomie. Le modèle de la pyramide nous l’avons tous en tête. Nous avons tous une prédisposition naturelle à entrer en relation avec le sommet, avec les intelligents, les bons, les gagnants et à en oublier la base : les exclus de la croissance, les malades, les vieillards, les immigrés…

 

La conversion que Jésus nous appelle à opérer consiste à renverser la pyramide et à changer l’image que nous avons de la toute puissance de Dieu. Si le très Haut s’abaisse à laver les pieds de ses disciples, à plus forte raison pour entrer dans le Royaume de Dieu il nous revient, à nous aussi, de nous abaisser à laver les pieds de ceux qui sont relégués au dernier rang.

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