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Homélie du 5ème dimanche de Carême A (Père Jacques Weisshaupt s.j.)

5 Apr 2014

Jean 11, 1-45

 

Frères et sœurs,

 

C’est de rencontre en rencontre que nous avons progressé ensemble sur le chemin du Carême. Après les évangiles de la Transfiguration, de la Samaritaine et de l’aveugle-né, voici, en ce dernier dimanche de carême, avant que ne s’ouvre la semaine sainte, un troisième récit symbolique de saint Jean, la résurrection de Lazare.

 

Ces pages d’évangile sont des enseignements catéchétiques d’initiation au baptême, cette plongée dans la mort et la résurrection du Christ. C’est bien le cœur de notre foi, nous pouvons continuer notre propre initiation en nous ouvrant à la révélation de l’amour infini de Dieu, qui va en Jésus à la Passion : nous pouvons espérer avoir part à la résurrection du Christ puisque nous allons avec Lui plonger dans la réalité mystérieuse de la mort, de notre propre mort.

Dans l’évangile de Saint Jean, la résurrection de Lazare est le dernier des « signes » que fit Jésus, et Jésus le donne six jours avant la pâque ; ainsi, St Jean préfigure en Lazare ce qui va arriver à Jésus. Jésus est discrètement au centre de ce récit de rencontres, oui, c’est Jésus qui va à la rencontre de son ami Lazare, c’est Jésus qui pleure… Saint Jean nous étonne, ici aussi !

 

Tournons-nous un moment vers la fin du récit. Un premier étonnement nous saisit : Lazare est revenu de la mort, certes, mais alors, pourquoi l’évangéliste ne nous dit-il rien de ce que Lazare a vu dans son passage dans la mort ? L’évangile nous invite à regarder uniquement Jésus. Notre curiosité à propos de Lazare est bien frustrée.

Autre élément curieux au début de cet évangile : Jésus ne semble vraiment pas pressé de partir de l’endroit où il se trouvait, alors même qu’il était bien conscient de l’inquiétude de Marthe et Marie sur l’état de santé de leur frère Lazare. Jésus reste encore intentionnellement trois jours sur place avant de se mettre en route. Oui, nous sommes étonnés : Jésus ose répondre au reproche des deux sœurs (« si tu avais été là… ») : « Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. » Manifestement, l’évangéliste nous encourage à donner toute sa portée à cette réponse de Jésus; la mort de Lazare comprend sans nul doute toutes nos morts.

 

Par ce signe de la ‘réanimation’ de Lazare, Jésus montre que Dieu n’est pas du côté de la mort, mais de la vie : « je suis la résurrection et la vie » ; Dieu laisse momentanément son pouvoir à la mort, certes, mais, à travers cette expérience incontournable, il donne à l’homme cette espérance extraordinaire d’en sortir autrement vivant et vainqueur par la confiance fondamentale en lui. « Si tu crois ! » Oser lâcher prise ! Pareille audace ne peut se recevoir que comme une grâce : oser subir la mort, parce que c’est ainsi que Dieu suscite, re-suscite, notre vie en plénitude ! C’est bien ce que nous a rappelé Saint Paul dans la deuxième lecture : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

 

Jésus va accepter de subir une mort infâme, et son amour « jusqu’au bout » va offrir la vie en plénitude à tous les enfants de Dieu. Le thème de notre chemin de carême correspond bien à ce qui est au cœur de l’évangile : ce n’est pas tellement le miracle qui importe, mais cette rencontre et ce dialogue entre Jésus et Marthe. « Je suis la résurrection et la vie, crois-tu cela ? » « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. » Ou rappelons-nous encore ces autres dialogues : le dialogue avec la Samaritaine, ou avec l’aveugle né… ou encore avec Pierre, qui répond : « A qui irions-nous ? tu as les paroles de la vie éternelle » (6,66-71).

 

La première lecture entendue, tirée du prophète Ezéchiel, nous centre sur notre propre histoire, avec cette promesse qui nous rejoint aujourd’hui même : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez de nouveau. » Que d’expériences mortifères ne faisons-nous pas au cours de notre propre existence ? La mort nous enveloppe, comme le formule symboliquement l’évangile de Lazare et de Jésus, tous deux enfermés dans le tombeau : « les mains et les pieds liés de bandelettes et le visage couvert d’un suaire ».

Ecoutons bien Jésus : « Si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Et alors, d’une voix forte, il nous réveille : « Lazare, viens dehors ».

 

Nos visages ne sont-ils pas trop souvent couverts de ce suaire, de ces masques de protection que nous portons pour nous prémunir des autres, pour masquer nos fragilités et notre condition mortelle, des peurs, des ambitions, des hypocrisies, toutes sortes de formes de mort, de refus des rencontres vraies…

Ce que Jésus nous répète, chaque année à nouveau, avant Pâques, c’est : « Déliez-le et laissez-le aller ». Oui, agissez pour vous libérer de toutes ces entraves qui vous immobilisent dans les impasses de la mort, qui vous aliènent et vous empêchent de vous préparer à la rencontre du Christ dans vos frères, de vous montrer sans peur généreux, puisque votre Carême est, dans le partage, un chemin de rencontres étonnantes ! « Je suis la résurrection et la vie ! »

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