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Homélie du 4ème dimanche de Carême A (Père Guy Delage s.j.)

29 Mar 2014

Jean 9, 1-41

 

Alors qu’il sort du temple, Jésus voit en passant un aveugle de naissance. Il voit quelqu’un qui, lui, ne voit pas. Au même moment arrive la question des disciples : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Conformément à une croyance courante au temps de Jésus le mot « aveugle » est associé au péché. Mais ici il s’agit uniquement de savoir qui a péché. Tout l’enjeu de la rencontre est précisé dans la réponse de Jésus : « ni lui, ni ses parents n’ont péché ». La cécité qui frappe cet homme n’est pas une conséquence qui viendrait sanctionner un péché commis par lui ou par ses parents. Elle est pour « que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Autrement dit, elle est l’occasion d’une révélation. Elle n’est pas un point de départ, mais un point d’arrivée. Les disciples sachant désormais pourquoi cet homme était né aveugle, n’interviendront plus dans la suite du récit.

 

Plongés dans les ténèbres dès notre naissance, nous ne savons pas où nous allons, ni quel chemin prendre pour continuer la route. Nous avançons à tâtons. Et voilà que Jésus nous révèle que Dieu œuvre dans la nuit des homme aveugles et que son œuvre sera manifestée au jour pour que chacun puisse la voir. Ainsi tant qu’il fait jour il nous faut œuvrer aux œuvres de Dieu. Jésus est lumière du monde et c’est lui qui rend visible les œuvres de Dieu dans le monde. Mais Jésus, lumière du monde, ne sera pas toujours dans le monde pour que les œuvres de Dieu y soient manifestées : la nuit vient, elle aussi. En grec le mot « manifesté » a la même racine que « lumière ». Jésus vient donc apporter la lumière en réalisant l’œuvre de Dieu dans le jour qui s’achève. On peut facilement distinguer deux plans : celui du monde, avec son jour, et celui de Dieu avec sa lumière. On distingue ici la lumière extérieure du monde et la lumière intérieure de Dieu. Tout le récit est fondé la dessus. Jésus, lumière du monde est envoyé par Dieu dans le jour du monde.

 

L’aveugle de naissance doit parcourir un chemin pour atteindre la lumière. Dans un premier temps il est passif. C’est Jésus qui vient vers lui et qui applique sur ses yeux de la boue fabriquée avec sa salive, tout comme Dieu créa l’homme avec de la glaise. Tout ça se passe sans que l’aveugle lui demande quoi que ce soit. Bien qu’aveugle, notre homme n’est pas sourd. Il entend la parole que Jésus lui adresse d’aller se laver. Et une fois qu’il a recouvré la vue, il va devoir se battre contre l’hostilité de son entourage. Même ses parents, par peur, ne chercheront pas à donner des explications. Et l’aveugle guéri fais figure d’accusé. Tout est mis en question aussi bien la cécité, sa guérison, que l’action du thérapeute (un jour de sabbat) et même son identité. Pour les uns c’est bien l’aveugle qui mendiait et pour d’autres c’est quelqu’un d’autre qui lui ressemble. En plus son témoignage n’est pas recevable puisqu’il est plongé dans le péché depuis sa naissance. Cet homme qui n’a pas encore vraiment rencontré Jésus voit tout, même si Jésus qui est la source de la lumière, il ne le verra qu’à la fin du récit.

 

Il en est de même pour nous. Nous aussi, nous ne verrons Jésus qu’à la fin. En attendant, ce ne sont pas les occasions qui manquent de nous demander si nous le verrons vraiment. Dans les moments de doute nous pouvons reprendre à notre compte les paroles du l’aveuglé guéri : « il y a une chose que je sais : j’étais aveugle et maintenant je vois. » Alors qu’il est guéri, il se retrouve seul et rejeté de tout le monde. Jésus choisit ce moment pour venir à nouveau le trouver et lui demander : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » « Qui est-il ? » demande l’homme. « Tu le vois » répond Jésus. Il n’a donc retrouvé la vue que pour voir Jésus. Et pour cause, il y a une grande proximité entre voir et croire. Voir Jésus et ses œuvres fait grandir la foi. Mais ça ne vaut pas pour nous. Nous, nous en sommes réduits à croire sans voir. Pourtant pendant tout le récit l’aveugle était bien dans la même situation. Il ne voyait pas celui qui l’avait guéri. « Tu le vois, moi qui te parle » procède du même principe que « je le suis, moi qui te parle » dit à la Samaritaine. La parole qui noue le lien entre les personnages a aussi pour fonction d’éclairer et de révéler.

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