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Homélie du 2ème dimanche de Carême A (Père Jacques Weisshaupt s.j.)

16 Mar 2014

Matthieu 17, 1-9

 

Frères et sœurs,

 

Dans les évangiles de Marc, de Luc et de Matthieu, le récit de la Transfiguration est situé juste après que Jésus ait annoncé clairement à ses disciples quel sort l’attendait à Jérusalem : sa condamnation, ses souffrances et sa mise à mort, suivie de sa résurrection. Pour les évangélistes, les disciples avaient besoin, par l’expérience de la transfiguration, d’entrevoir la lumière de Pâques.

D’après Matthieu, la Transfiguration se passe 6 jours après cette annonce. Cette précision, « six jours », fait penser à la montée de Moïse au Sinaï, car l’évangéliste veut montrer à quel point Jésus est le nouveau Moïse (la loi) et le nouveau prophète, le Messie serviteur.

C’est sur la haute montagne que Moïse a reçu la Loi. Jésus prend donc avec lui Pierre, Jacques et Jean. Ces trois représentent tous les autres disciples et sont souvent mentionnés ensemble, notamment lors de l’agonie, à Gethsémani. Ici, partageant sa prière, Jésus va réconforter ses disciples et leur révéler sa véritable identité : c’est Lui le Messie qu’Israël attendait.

 

Leur témoignage comporte deux parties impliquant à chaque fois une expérience sensible particulière.

 

D’abord la vision : Jésus est transfiguré, son visage rayonne, ses vêtements sont d’une blancheur de résurrection…

Ensuite l’ouïe : la voix qui parle depuis la nuée, et qui dit le sens de cette expérience… la Parole de Dieu qui éclaire. Dieu se fait proche, se révèle par sa Parole, son Verbe, son Fils bien-aimé, en qui le Père a mis tout son amour. Dans la prière partagée, je pense que les disciples ont été les bénéficiaires d’une expérience spirituelle toute particulière, ils ont vécu une étonnante, une surprenante RENCONTRE, ils ont pu percevoir quelque chose de la véritable identité de Jésus. Cette rencontre, ils l’ont formulée et partagée en termes de ce qu’ils ont vu et entendu, afin qu’à notre tour, nous soyons fortifiés dans notre capacité de faire confiance, de croire, d’être attentifs à ce que nous ressentons, à ce que l’Esprit du Seigneur nous fait percevoir au quotidien, parfois ensoleillé, parfois brumeux et obscur ou inquiétant… Peu à peu, Jésus me révèle son identité. Son visage est-il brillant comme le soleil et son vêtement blanc comme la lumière ? Parfois ! Je suis éclairé par la présence de ces deux personnages centraux dans la piété et la foi juives, au cœur des Ecritures, Moïse et Elie ; ils sont toujours identifiés à la Loi et aux prophètes, à la révélation de Dieu et de son Alliance.

Cette expérience de rencontre, d’illumination et de bonheur, comme le dit Pierre, est une expérience de compréhension et d’intuition du sens même de sa foi et de sa vie : oui, ce Jésus est vraiment le Messie attendu, lui qui dialogue avec les médiateurs de l’ancienne alliance, Moïse et Elie, avec la loi, avec les commandements, et avec l’histoire de l’alliance, et avec les prophètes, qui éclairent et guident le cheminement d’Israël. Cette rencontre est à ce point gratifiante que Pierre veut s’y fixer en proposant de dresser trois tentes en ce lieu… Mais voici qu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ! Lumière tamisée par l’ombre… La nuée hautement symbolique manifeste la puissance de Dieu qui se révèle, elle enveloppe cette communauté spirituelle au sommet de la haute montagne, six personnes témoins de la transcendance de Dieu, Jésus, Moïse, Elie, Pierre, Jacques et Jean…

 

Cet évangile culmine aujourd’hui encore dans la voix de Dieu, le Père de Jésus : « Celui-ci, Jésus de Nazareth, est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour, écoutez-le ! » Je comprends mieux dans ce message – comme le rappelle si souvent le pape François, - combien je dois toujours revenir à Jésus, à sa Parole, sans jamais cesser de l’écouter. Je me rappelle la réponse de Jésus lors de la première tentation, entendue dimanche dernier : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu. Dieu me parle dans l’Ecriture, la Loi et les prophètes, Moïse et Elie, dans les évangiles, quand j’écoute Jésus. Mais je sais aussi que cette expérience de rencontre avec Dieu me fait peur… Que je n’ose plus continuer à regarder, à contempler, parfois… Alors qu’en réalité Jésus instaure une ère nouvelle: en Lui, Dieu se fait proche et me remet debout : « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : ‘Relevez-vous, et n’ayez pas peur !’ » Je sais que Jésus veut être mon plus proche prochain, et me toucher, me remettre debout, me libérer de mes peurs, comme il l’a fait, là, sur la haute montagne, comme il l’a fait durant le temps pascal, et comme il le fait dans mon vécu de chaque jour, ce quotidien où je ne vois plus que Jésus seul et que je descends de la montagne dans la plaine… Ainsi, ne sommes-nous pas de temps en temps dans la situation des disciples qui ont accompagné Jésus sur la haute montagne ? Être avec lui et ne pas savoir où cela va nous mener…

 

Dans notre vie, il y a de ces instants lumineux où tout paraît clair, évident, ou même éblouissant. Puis c’est la banalité ou la dureté du quotidien. Quand je reviens de retraite ou de vacances, je me dis chaque fois : et maintenant, Jacques, choisis d’ atterrir ! Je vais retrouver Jésus seul, avec les personnes qu’il me fait rencontrer, pour le meilleur et pour le pire… Aussi Saint Ignace me conseille-t-il de me souvenir, aux heures obscures, des temps de visites de l’Esprit, dans la tonalité heureuse du bonheur, sûr de me savoir aimé…

 

Le récit de la Transfiguration fait partie de nos rencontres de Carême. Avec Jésus, nous allons vers notre propre mort et notre résurrection. Comme Pierre, Jacques et Jean, il nous arrive d’avancer dans une nuée lumineuse, comme celle de l’Exode quand les Hébreux passaient par le désert, de l’esclavage à la libération. Cette consolation divine est bien réelle, mais elle est aussi obscure.

 

Ainsi, témoins de la transfiguration, nous pouvons prendre davantage conscience de notre avenir de lumière, même si cela ne dure qu’un instant. Il n’est pas possible tout de suite de dresser trois tentes, de nous installer dans la lumière de Dieu. C’est une promesse de Jésus, lui nous encourage et nous rend plus forts: n’ayez pas peur, relevez-vous ! Confiance ! Aidons-nous les uns les autres à bannir la peur et l’angoisse, quand, après la consolation lumineuse surgissent les heures de traversée des ténèbres. Ecoutons-le, quel que soit le chemin, c’est vers Pâques qu’il nous conduit.

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