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Homélie: Veillée de Noël A (Père Vincent Klein)

24 Dec 2013

Luc 2, 1-14

 

Comment vous imaginez-vous le lieu de naissance de Jésus à Bethléem ? Luc ne nous en donne qu’une description sobre : « Marie (…) coucha l’enfant dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie » (Lc 2, 7). S’agit-il d’une mangeoire située dans une étable, attenante par exemple à l’auberge ? J’avoue que c’est ainsi que je me le représentais jusque tout récemment et en cela, je suis bien un héritier de notre tradition médiévale occidentale, même si les deux représentations coexistent le plus souvent dans nos églises occidentales. Mais force est de constater que depuis le début du 2ème siècle de notre ère, Justin atteste que le lieu de la naissance est situé dans une grotte et fait d’ailleurs déjà l’objet de vénération. Un siècle plus tard, Origène insiste sur le fait que personne ne peut douter de l’endroit où se trouvent la grotte et la mangeoire, les païens même le reconnaissent ! Les grottes sont en effet abondantes dans la région de Bethléem et il était fréquent d’y abriter le bétail. Et quoi de plus naturel que d’y installer une mangeoire ! L’iconographie orientale représente d’ailleurs la grotte dans le rocher. Elle est peinte en noir comme le sépulcre et la mangeoire ressemble étonnamment à la couche funéraire du Christ ! C’est que nativité et crucifiement sont étroitement liés. Dans les Exercices Spirituels, saint Ignace, dans la contemplation de la Nativité, nous invite à observer que le Seigneur vient naître dans la plus grande pauvreté,qu’il souffre et finalement, qu’« il meure sur la croix et supporte tout cela pour moi » (ES, 116).

 

Bien plus modeste que Bethléem, la grotte de Manrèse a été le berceau d’une naissance qui fit suite à un long et douloureux accouchement : la naissance du fondateur de l’ordre des jésuites, Ignace de Loyola, à la vie de Dieu et partant, la naissance des Exercices Spirituels, ce très précieux ouvrage qui est né des épreuves et des grâces vécues à Manrèse. Converti à Loyola durant une convalescence qui le maintint alité durant neuf mois, il voulut, avec toute sa fougue et sa bravoure chevaleresque, imiter Saint François et Saint Dominique qui avaient fait de grandes choses pour le Christ. A Monserrat, il avait offert à la Vierge son épée durant une mémorable et toute chevaleresque veillée d’arme. C’était en 1522. Mais à Manrèse, il dut apprendre, durant plus de neuf nouveaux mois de terribles épreuves -intérieures et non plus physiques comme à Loyola- à ne plus seulement faire de grands exploits pour le Christ, mais à se laisser faire par Lui. Il a dû faire pour cela une véritable révolution copernicienne ! Il lui fallut apprendre à écouter le Seigneur qui lui parle à travers les motions de son cœur, sous l’œil bienveillant de son confesseur. Et seule la grâce lui permit de vaincre ses scrupules qui le maintenaient dans la gangue d’un passé dont il n’arrivait décidément pas à se défaire. Alors, quand Ignace nous fait considérer « la bienheureuse Vierge, enceinte de presque neuf mois, assise sur une ânesse » (ES, 111), et « le chemin qu’ils parcourent avec tant de peine » (ES, 113), comment ne pas penser à sa « grossesse douloureuse » à lui, qui l’a mené plusieurs fois au bord de l’abîme du désespoir avant que le Seigneur ne lui accorde des grâces immenses ? « En ce temps-là », confie-t-il à Louis Gonçalves Da Camara, « Dieu se comportait avec lui de la même manière qu’un maître d’école se comporte avec un enfant : il l’enseignait. Que cela fût à cause de sa rudesse et de la ferme volonté que Dieu même lui avait donné de le servir : il jugeait clairement et a toujours jugé que Dieu le traitait de cette manière » (Récit, 28). Au creux de la grotte, au plus sombre de la terre, Dieu travaille et fait germer la semence de son Royaume, on ne sait trop comment (Mc 4, 26-29).

 

Chers frères et sœurs, il nous est impossible de comprendre par l’intelligence la profondeur et la pertinence de ce que nous célébrons cette nuit. Mystère d’un commencement silencieux, mystère de la graine qui tombe en terre et de la vie qui grandit silencieusement, loin des rampes lumineuses et des spots médiatiques, loin des bruits assourdissants de la ville qui envahissent nos vies. Mais n’appartient-il pas à chacun d’entre nous de relire sa vie dans cette grotte, ce moment et ce lieu de retrait, que nous offre l’hiver et ce temps de vacances, sous l’éclairage bienveillant du Christ Nouveau-né ? Cette grotte deviendra matrice, comme pour Jésus ou pour Ignace, si nous voyons comment, à travers bien des larmes et des décentrements sans doute, Dieu nous fait naître à une vie nouvelle, une vie où nous devenons pleinement les serviteurs de sa mission ?

 

Chers frères et sœurs, une chose est sûre, on ne peut accéder à la crèche sans s’agenouiller, et c’est parfois bien difficile quand on se croit important. Or, c’est une certitude, on ne peut reconnaître le Christ sans cette humilité fondamentale qui ouvre nos yeux, nos cœurs, nos oreilles et nos mains. Alors oui, dans notre monde, dans notre vie, le Verbe se fait chair. Amen.

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